Topolino (de son vrai nom marc combas)

Voici deux ans, la Ville de Sète présentait dans la chapelle du Quartier haut un ensemble important de dessins de Topolino. Dessins saisis sur le vif durant les nombreuses manifestations culturelles que compte chaque année la ville, dessins rendant compte également de deux importants chantiers de restauration du patrimoine réalisés à cette époque : restauration du théâtre Molière et de la statue de la vierge qui domine le clocher de l'église Saint-Louis. Cette exposition permettait au public sétois d'avoir une vue d’ensemble sur le travail d'un artiste qu'il pouvait depuis longtemps croiser dans les rues de la ville, assis sur un bord de parapet, sur un banc ou sur toute autre forme de siège, un grand carnet de dessin sur les genoux, la main conduisant sans discontinuer les fameux poscas, stylos feutres noirs qu'il affectionne.

 

 

 

Si le dessin occupe la majeure partie de son temps, Topolino n'a cependant jamais rompu avec la peinture, comme en témoignent notamment son travail sur Shakespeare présenté à Séte en 2010 à la galerie Yves Faurie ou bien encore ses personnages et paysages exposés a Londres en 2014, galerie Bernard Chauchet. Même si, comme il le répète souvent, il se voit comme un dessinateur, la peinture reient, régulièrement. Elle n'a jamais, au fond, été vaincue par cette sorte de pudeur a s'y adonner qui lui fait dire : « La peinture, j'ai toujours pensé que ça ressemblait a ce que faisait mon frère ». Et certes, il n'est pas facile d’être de dix ans le cadet d'un Robert Combas dont le nom est entré dans l'histoire de la peinture contemporaine alors que l’on est encore à l'école primaire et que le dessin, la peinture, sont votre principal centre d’intérêt. Car aussi loin qu’il se souvienne, Topolino dessinait. « Le dessin n'est pas pour moi un violon d'Ingres. C'est ma vie. Si on m'enlève cette partie, je n'existe plus », précise-t-il. Il a donc fallu changer de nom, en choisir un dans lequel il ne perdrait pas son identité. Ce fut Topolino. le nom italien de Mickey Mouse, qui n'était pas sans évoquer les liens de sa ville natale avec l’Italie et qui, par sa référence a la bande dessinée, ne reniait pas cette figuration libre dans laquelle avait baigné son enfance.

 

 

ll y a bien sûr chez Topolino les influences de la figuration libre comme cela est souvent le cas des jeunes peintres de Sète de la génération qui a suivi. il y a cette relation à la couleur violente, cette relation brute au tracé, mais il en fait quelque chose de nouveau qui procède d'une écriture personnelle, d'une liberté stylistique dans laquelle se mêlent étroitement captation du sujet et interprétation, saisie du réel et transcription de la perception.

Les dessins de l'artiste ne sont jamais des dessins préparatoires aux peintures. Exécutés sur le vif, ils sont des œuvres à part entière. Totalement abouties. Et si, dans l'atelier, ils peuvent constituer des points de départ, « avec la peinture, dit-il, c'est autre chose qui sort ». Cette « autre chose », ce sont des images de sa ville, fourmillantes de détails captés dans la vie, issus du réel et simultanément transposés dans un monde imaginaire telles ces voitures (Le Balcon, cat. n° 4 ; Topolinorama 2, cat. n° 8) ou ces scooters (Sémaphore, cat. n° 12) directement évocateurs d'une autre époque, peut-être d'une bande dessinée des années 1960. Ce sont ces toits saisis depuis une hauteur et qui offrent des points de vue peu habituels, ce sont les grues du port (Topolinorama 1 et 2, cat. n° 7 et 8) et la tour du sémaphore (Sémaphore, cat. n° 12) aux verticalités chancelantes, ou celles imposantes et massives de chantiers en cours (Travaux du pont de Tivoli, cat. n° 6) ou a proximité des bateaux (Aire de carénage, cat. n° 5). Ce sont enfin des ciels de jour étoilés (Le Phare, cat. n° 3 ; Le Balcon, cat. n° 4) qui se jouent avec amusement d'un surréalisme naïf, soulignant par là-même la distance installée par le peintre entre le réel représenté et sa propre vision.

 

Une des multiples illustrations de la réponse fournie par Topolino lorsqu'on lui demande de qualifier sa peinture : « C'est comme si je faisais du blues. Le blues, c'est quelque chose qui date de 1920 mais qui se fait toujours. Qui s'est modernisé, électrifié, mais qui est toujours du blues. Ma peinture, c'est ma musique. Je ne cherche pas a faire de l'avant-garde. C'est seulement ma musique ».

 

Maïthé Vallès-Bled,
Conservateur en chef du patrimoine,
Directrice du Musée Paul Valéry